Tribune des Radicaux

Mohammed YENBOU, élu Président du PRG 77

 

Les militants du PRG de Seine et Marne m’ont assuré de leur confiance lors d’une Assemblée Générale le 3 avril dernier. Je suis conscient de la tâche qui m’est confiée, mais je connais la détermination des militants pour m’aider à remettre le Parti Radical de Gauche de Seine et Marne dans une dynamique.

Cette dynamique sera d’autant plus importante à l’approche d’une échéance électorale déterminante. En effet, le Parti Radical de Gauche entend prendre toute sa place lors des élections municipales. Nous souhaitons avant tout rassembler toute la gauche pour maintenir des équipes de progrès au sein des collectivités territoriales de notre département.

En effet, compte tenu de la morosité actuelle, il est crucial que la gauche soit rassemblée. Les français ont déjà gommé la politique de la droite durant ces dix dernières années. Ils ont oublié les 600 milliards de dette supplémentaire, l’augmentation d’un million de chômeurs, les cadeaux fiscaux aux plus riches, la casse de l’éducation nationale, la remise en cause de la laïcité et des valeurs républicaines etc…

Malgré ce bilan piteux et désastreux, la droite revancharde essaie par tous les moyens de déstabiliser le Président de la République et le gouvernement. Nous devons être déterminés à faire respecter le choix démocratique de mai 2012, en continuant à soutenir les différentes réformes pour lutter contre le chômage, mais aussi pour réformer notre société comme le mariage pour tous et le vote des étrangers. Nous devons surtout être vigilants aux accords locaux qui se profilent dans certaines villes entre le Front National et la droite dite « républicaine ».

Le populisme du Front National, de la droite libéral et du Front de Gauche alimente le mécontentement pour déstabiliser le pouvoir. C’est pourquoi, nous appelons toutes les forces de gauche à se mobiliser pour expliquer la politique mise en place par le gouvernement et convaincre les français à être patients.

C’est uni que nous gagnerons !

Mohammed YENBOU, Président du PRG 77

 

 

Le plan automobile du gouvernement : une nécessité, des réserves et le risque de la désillusion ?

Le gouvernement a dévoilé les mesures prises pour sauver l’industrie automobile en France : – dopage du bonus-malus, – aide aux équipementiers, – accès à des crédits moins chers pour la filière, incitation à l’acquisition de véhicules non polluants dans le parc de véhicules urbains par les services de l’Etat, des collectivités territoriales et dans les grandes entreprises publiques. Par ailleurs il a annoncé la tenue, mi-septembre, d’une négociation des branches de la filière automobile sur l’adaptation de l’outil automobile en France.

S’agissant des dispositions prises tant sur le fond, à travers les moyens dévolus, que sur la forme, par la méthode utilisée, rien n’évoque les changements annoncés ; le gouvernement, confronté à l’actualité, utilise les mêmes principes que ses prédécesseurs avec probablement les mêmes insuffisances et forcément le même risque, celui d’un nouvel échec du plan proposé.

La situation de la filière automobile en France n’est pas seulement liée à la concurrence mondiale ou encore au coût du travail dans notre pays. Elle est largement la conséquence d’un environnement économique, social et sociétal qui a évolué, certes par la dimension nouvelle d’une mondialisation exacerbée avec les règles qui la dirige, mais aussi en fonction  des besoins de nos concitoyens, dont la question du parc automobile en particulier dans ce cas, d’une part, et de la persistance de relations historiquement conflictuelles entre les partenaires sociaux, d’autre part ; le tout dans un contexte de pouvoir d’achat en berne et la menace récurrente de la récession en perspective.

Cette situation n’est pas propre à l’industrie automobile, elle touche la plupart des grandes entreprises de tous les secteurs de l’industrie, y compris agro-alimentaire, mais aussi et surtout le tissu des PME/PMI et autres TPE largement tributaires, pour la plupart d’entre elles, de leur condition principale de « sous-traitants » des premières. C’est la première différence, au-delà des questions sociales, que nous ayons avec l’Allemagne.

L’octroi de moyens financiers et les autres dispositions ou mesures, bien que pouvant répondre en partie à une situation d’urgence ne sauraient être une fin en soi et changer le cours de l’histoire à terme. Ils ne peuvent se justifier que dans le cadre de la définition de politiques sectorielles économiques, industrielles et sociales modernes, réfléchies, cohérentes et performantes.

Cela passe pour chacun des secteurs industriels concernés par la définition et la planification des objectifs tant qualitatifs que quantitatifs, la mobilisation et l’organisation voire la mutualisation des moyens dévoués à la recherche/développement et à l’innovation, et enfin une réflexion sur les conditions d’exploitation ou de production nécessaire à l’atteinte des objectifs ainsi déterminés dont l’emploi, l’organisation et les conditions de travail.

L’organisation d’une négociation des branches de la filière automobile sur l’adaptation de l’outil automobile en France annoncée pour mi-septembre peut s’inscrire dans cette perspective. La condition est qu’elle s’intègre, au-delà de ses propres prérogatives professionnelles et sociales, dans une démarche plus large considérant aussi la place et les évolutions programmées de l’automobile dans le contexte économique actuel et à venir, dans un environnement en perpétuelle évolution à plusieurs échelles : en France, en Europe et dans le monde ; réfléchies par tous les acteurs de la société : ceux des institutions, ceux du monde économique et social mais aussi plus simplement le consommateur ou encore le citoyen, intéressés au premier chef par ce que sera le monde de demain.

Le dossier Peugeot, outre l’urgence de la situation qu’il fallait certes prendre en considération, est l’occasion de poser les jalons de ce renouveau de l’industrie française, tant sur la forme, par la démarche, que sur le fond par la définition de politiques industrielles considérant notamment l’innovation et les perspectives plutôt, sinon au moins autant, que le rendement financier.

Car demain, d’autres entreprises, d’autres salariés, après Peugeot et la médiatisation de sa débâcle sociale, seront concernés par la réalité de la conjoncture et du contexte économique et financier dominant, avec son lot de suppressions d’emplois tout aussi inadmissibles, tout aussi inacceptables.

Le changement se trouve dans cette démarche novatrice. Il nécessite la mobilisation de tous dans ce sens, notamment les acteurs économiques et sociaux ; faute de quoi après les réserves et les insatisfactions que suscitent forcément les dispositions prises par rapport aux attentes de chacun, malgré les moyens dévolus, demeure caché le risque ultime de la désillusion.

Pour avoir été, dans le début des années 1980, en tant que Secrétaire Général de la métallurgie CGT, l’un des principaux acteurs dans la gestion des conflits et des différents plans liés à la situation dégradée et difficile que connaissait déjà le secteur de la construction automobile en France ou encore celui de la sidérurgie, nous avions su, chacun, à cette époque, dépasser nos propres certitudes pour leur donner un nouvel essor et un avenir reconsidéré en fonction du contexte d’alors avec notamment le sauvetage de plusieurs sites déjà menacés, dont Poissy et Aulnay pour ne citer qu’eux, et la sauvegarde de milliers d’emplois. Un exemple à méditer par rapport au cas Peugeot d’actualité.

Le contexte n’est certes plus le même, la conjoncture non plus, ni d’ailleurs le rythme des évolutions, mais le principe reste identique et il a fait ses preuves. A chacun d’y apporter sa contribution. C’est une des conditions nécessaires et obligatoires pour atteindre l’objectif recherché ; la perspective d’un avenir meilleur pour l’industrie dans notre pays et, en conséquence, pour l’emploi et, plus généralement, pour tous nos concitoyens.

André Sainjon

 

Mauvais débat, mauvais calcul

Tribune parue dans L’Humanité du 16 février 2012

Qu’un ancien haut fonctionnaire que tous croyaient républicain – tel est le cas de M. Guéant – se lance dans une polémique aussi hasardeuse que celle de la prétendue hiérarchie des civilisations ne peut s’expliquer que par le contexte politique et plus précisément par des visées électoralistes.

Il s’y est d’ailleurs aventuré en des termes curieux : « Contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas ». Pour moi, je suis, comme tous les vrais radicaux, de gauche et absolument pas relativiste. Je crois que les philosophes des Lumières ont inspiré les grands textes que sont la Déclaration d’Indépendance américaine, et la Déclaration Française des Droits de l’Homme. Malgré les difficultés liées à la montée du matérialisme et du consumérisme dans les sociétés occidentales, il reste de ce grand élan un socle de valeurs universelles : l’unité fondamentale de la condition humaine, l’autonomie du sujet, l’égalité en droits et les formes démocratiques de la représentation politique. Si tel était le véritable sujet, je pourrais dire, comme le suggère M. le Ministre de l’Intérieur, que je ne suis pas prêt à me prosterner devant les Etats ou les régimes qui ne respectent pas ces valeurs essentielles.
Mais la première erreur de M. Guéant est de confondre les civilisations et les différents cycles que connaissent les sociétés et les cultures, à la fois dans l’espace et dans le temps. Un exemple ? Lui-même pourrait reconnaître que les royaumes arabes d’Andalousie étaient marqués, avant la Reconquista, par une tolérance politique et un rayonnement culturel infiniment plus grands que ceux de l’Espagne inquisitoriale d’Isabelle la Catholique.
J’ai choisi cette illustration à dessein car nous voyons bien, depuis le trop fameux débat sur l’identité nationale, depuis les menaces de déchéance de la nationalité, depuis la publicité sur les prières de rue, ou sur un cas, évidemment répréhensible mais isolé, de polygamie, que le véritable adversaire proposé par la droite à la communauté française, c’est l’étranger et, plus grave encore, notre concitoyen s’il est musulman.
C’est ici qu’il faut revenir sur le contexte pré-électoral. Pendant quatre ans, le Président de la République a essayé de rééditer sa performance de 2007 : en récitant tous les thèmes de la droite autoritaire, sécuritaire et identitaire, il espérait capter à nouveau l’électorat potentiel du Front National. En vain. Madame Le Pen était installée aux alentours de 20% des intentions de votes. Mais c’est aujourd’hui une perspective nouvelle qui s’ouvre. L’Elysée et ses conseillers se sont persuadés, à tort ou à raison, que la candidate de l’extrême-droite ne parviendrait pas à se présenter. La cible a donc changé. C’est la totalité de son électorat qu’il s’agit de séduire dans une logique jamais démentie : c’est sur le score du premier tour que se gagne l’élection présidentielle.
Et la sortie saugrenue du Ministre de l’Intérieur est éclairée par les déclarations de Nicolas Sarkozy. Il envisage rien moins qu’un referendum sur les droits des chômeurs. Et puis un autre sur les droits des étrangers. Alors qu’il se disait séduit, voilà peu, par le chantier des nouvelles libertés, il rejette énergiquement les droits au mariage homosexuel ou à l’homoparentalité ainsi que le droit à mourir dans la dignité. Le cap est clair : tout à l’extrême-droite.
Et pourtant, chacun sent bien que le calcul est erroné. C’est une chose de réunir les électeurs les plus droitiers au premier tour – y parviendra-t-il ? on peut en douter –, c’en est une autre de rassembler les Français le plus largement possible et de les présider sans esprit partisan.
Puisque nous sommes invités à réfléchir à la valeur des cultures, rappelons, tout simplement que la culture républicaine se confond avec cet effort de rassemblement et que notre République n’a jamais eu pour mission de diviser les Français, de les opposer les uns aux autres. Notre pays traverse des épreuves difficiles. Il a plus que jamais besoin de respect de cet esprit public. La France a été grande lorsqu’elle était unie. Elle a toujours perdu quand elle était déchirée. C’est aussi la leçon que nous a apporté l’Histoire des civilisations.
Jean-Michel Baylet – Président du PRG

2012 : pour une démocratie plurielle

Tribune parue dans Le Monde du 13 décembre 2011

Si elle l’emporte en 2012, la gauche devra engager plusieurs réformes institutionnelles. Pour moderniser un système devenu archaïque. Pour passer d’une conception moniste de l’Etat, héritée du principat gaullien, à une vision pluraliste. Bref, pour remplacer la monarchie présidentielle par une démocratie plurielle.

Certes, il est légitime que le chef de l’Etat, élu au suffrage universel, soit le premier dans la République. Mais sans concentrer toute l’autorité de l’Etat. Mais sans verser dans une omnipotence qui s’avérerait dysfonctionnelle. A l’évidence, les autres pouvoirs ou « contre-pouvoirs » doivent exercer eux aussi une influence réelle. En pouvant agir avec autonomie. Donc avec efficacité. Dans un régime d’équilibre.

Naguère tribune de la démocratie, l’Assemblée nationale est presque devenue la chambre d’écho du gouvernement. La majorité l’y soutient avec docilité, avec discipline. Sachant qu’aux prochaines élections, elle sera jugée sur le bilan du ministère formé en son sein. Dans l’hémicycle, les députés de la majorité se gardent donc de formuler des critiques qui pourraient compromettre son image et, par conséquent, leur propre réélection. Compter sur ceux-ci pour animer le débat parlementaire, ce serait compter sur des trappistes pour organiser un tumulte.

En revanche, l’Assemblée retrouverait davantage d’indépendance et de vigueur si l’opposition pouvait y agir plus librement. Seule celle-ci ayant intérêt à contester l’exécutif et à la contrôler activement. En vue de convaincre l’opinion de la nécessité d’une alternance. Pour redynamiser l’Assemblée, il faut donc établir un statut parlementaire de l’opposition qui, comme en Grande-Bretagne, garantisse ses droits et lui assure ses propres facultés d’action et d’expression.

A cet égard, certains progrès ont été apportés par la révision constitutionnelle de 2008 et le nouveau règlement de l’Assemblée nationale de 2009. Comme l’attribution de la moitié des questions aux députés de l’opposition ou un meilleur accès de celle-ci à l’ordre du jour. Mais beaucoup reste à faire, notamment dans les commissions. En s’inspirant par exemple du Bundestag. Partage des présidences de commission permanente à la proportionnelle des groupes, alors qu’au Palais-Bourbon une seule sur huit est présidée par un élu de l’opposition. Obligation de former une commission d’enquête quand sa création est demandée par un quart des députés, ce qui permet à la minorité de déclencher des investigations sans que la majorité puisse y faire obstacle comme à l’Assemblée nationale.

De même, il faudra renforcer l’autorité judiciaire et son indépendance par rapport à l’exécutif, dont relève aujourd’hui le déroulement des carrières. En établissant de nouvelles règles. Désormais, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) décidera lui-même des nominations des magistrats du siège. Seuls ceux de la Cour de cassation et les premiers présidents de cour d’appel resteront désignés, sur sa proposition, par le chef de l’Etat. Quant aux magistrats du parquet, l’exécutif ne pourra plus procéder aux nominations n’ayant pas reçu un avis favorable du CSM.

De son côté, le Conseil constitutionnel a vu ses compétences accrues par la révision de 2008, mais sans que soit réformé son mode, très imparfait, de nomination par le chef de l’Etat et les présidents des deux assemblées. Résultat : faute d’alternance depuis 2002, la totalité des neuf sages a été désignée par des autorités de nomination appartenant à la majorité. De plus, les deux anciens présidents de la République, issus de cette même majorité, font de droit partie de cette instance.

Depuis février 2010, sur ses onze membres, le Conseil n’en comporte plus aucun ayant été désigné par l’actuelle opposition. Ce pluralisme zéro est sans précédent sous la Ve République depuis 1965 et sans équivalent dans aucune autre cour constitutionnelle.

Il en va de même pour le Conseil supérieur de l’audiovisuel, chargé de garantir la liberté et l’équité de la communication audiovisuelle. Car, étant composé exactement comme l’est le Conseil constitutionnel, le CSA connaît donc aujourd’hui le même monolithisme. Avec neuf membres sur neuf choisis par des dignitaires de la majorité.

Le caractère totalement monocolore de ces deux instances est évidemment inopportun. Notamment dans la perspective du prochain scrutin présidentiel. D’une part, en effet, selon l’article 58 de la Constitution, le Conseil constitutionnel « veille à la régularité de l’élection du président de la République, examine les réclamations et proclame les résultats ». D’autre part, suivant la loi du 30 septembre 1986, le CSA garantit l’égalité des candidats dans la campagne radiotélévisée. En 2012, ces deux fonctions importantes seront donc exercées par deux instances composées exclusivement de membres nommés par la majorité. Pour rétablir un certain pluralisme et assurer un consensus sur le choix des personnalités retenues, il serait préférable qu’à l’avenir les juges constitutionnels et les membres du CSA soient élus par le Parlement à la majorité qualifiée des trois cinquièmes.

Par ailleurs, pour renforcer son crédit, il convient de constitutionnaliser le CSA. En inscrivant donc dans la Constitution elle-même son nouveau mode de désignation, ses missions et le principe de son indépendance. Il importe surtout de lui restituer la compétence essentielle qu’il détenait, naguère, comme les autorités l’ayant précédé depuis 1982 : celle de choisir les principaux dirigeants de l’audiovisuel public. Compétence dont la loi organique du 5 mars 2009 l’a privé au profit du chef de l’Etat, qui nomme désormais les présidents de Radio France et France Télévisions. Ce qui ne prédispose guère ceux-ci à l’indépendance.

La République ne peut devenir le fait du prince. Elle ne peut méconnaître ainsi le pluralisme des institutions. A partir de mai 2012, il faudra donc concilier autorité de la présidence et liberté des autres pouvoirs. Pour que l’Elysée cesse de monopoliser l’Etat en décideur solitaire. Pour transformer ce système clos, ce régime unipolaire en démocratie plurielle.

Roger-Gérard Schwartzenberg

Laïcité, identité, élevez le débat !

Les Français sont en droit de se demander si la droite qui se dit républicaine est encore capable d’entendre les messages qu’ils lui envoient.

Voici un an, le gouvernement et l’UMP avaient été obligés de mettre un terme piteux au fameux débat sur « l’identité nationale », un débat qui n’avait servi que d’exutoire à la xénophobie et au racisme. Calamiteuses pour la majorité, les élections régionales avaient démontré d’une part son rejet massif par le pays au profit de la gauche, d’autre part les bénéfices encaissés par l’extrême droite après une campagne dominée par l’islamophobie. Aveugle devant ces leçons claires, le chef de l’Etat vient de lancer un nouveau chantier à conduire par l’UMP sur la place des religions dans la République et la compatibilité de l’Islam avec la laïcité. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’extrême droite n’hésite pas à se poser désormais en garante des principes laïques et procède aux amalgames que le pouvoir encourage entre immigration, islamisme, communautarisme et peurs sociales. Ces débats sont indignes de notre pays. L’identité républicaine et la laïcité française valent beaucoup mieux que cela.

La règle laïque n’est certes pas constitutive à elle seule de notre identité collective mais elle en est le principe vertébral. Elle est parfaitement simple et efficace. Tous les appels à une laïcité « positive », « ouverte » ou « modernisée » ne sont que des tentatives pour affaiblir ce principe posé par le législateur depuis un siècle. Résumons : la loi doit respecter la foi mais la foi ne doit pas dicter la loi. C’est-à-dire que, loin d’être une pensée de combat braquée contre les religions, la laïcité est d’abord la garantie de la liberté des choix de conscience et aussi le rempart de neutralité absolue qui doit protéger toutes les institutions publiques – et au premier rang l’école – des influences confessionnelles mais également économiques et partisanes. Il n’y a là rien à « moderniser ». C’est faire fausse route, si l’on est de bonne foi, que d’ouvrir un débat public sur la place de l’Islam en France et sur son organisation. D’abord parce que la République laïque n’a pas à décompter les adeptes des différentes croyances. Ensuite et surtout parce que nul ne doit être assigné, selon son origine ou sa couleur de peau, à une religion sauf à soumettre précisément la pensée publique aux diktats religieux de tous ordres. En même temps qu’il s’érige en gendarme de l’Islam, le Président de la République relance le débat sur l’identité française dressant, après Madame Merkel et Monsieur Cameron, l’acte de décès du multiculturalisme.

Pour leur part, les radicaux ont toujours été hostiles au multiculturalisme lorsqu’il est une manifestation du communautarisme. Contrairement à une vision anglo-saxonne, la République n’est pas une mosaïque de communautés dont la loi mesurerait les influences et n’en exprimerait en somme que le plus petit dénominateur commun.

Pour autant l’identité n’est pas l’uniformité. Et l’identité collective de notre pays est, comme elle l’a toujours été et comme elle doit le rester multiculturelle.

Il faudrait revenir à Renan pour rappeler à M. Sarkozy que, dans la conception qui fait honneur à la France, la nationalité n’est pas l’addition d’une race, d’un territoire, d’une religion, pas même d’une langue mais la volonté librement exprimée d’un avenir commun sous l’éclairage de valeurs simples, et selon nous universelles : autonomie du sujet, égalité en droits, démocratie dans l’organisation politique.

Dans notre conception, la République est donc un projet magnifique en ce qu’il n’est pas achevé. Notre Histoire, grand récit collectif, n’est pas une nostalgie, un musée de l’égoïsme. Notre langue n’est pas une langue morte et intangible. Notre communauté n’est pas une maison fermée, voire un bunker. Notre identité n’est pas un nivellement ; elle s’est enrichie et s’enrichira encore de tous les apports qui la redéfinissent constamment dans le respect des règles communes. Ce mouvement ne s’arrêtera pas.

Les radicaux ont le plus grand respect pour la Nation. Mais ils ne réduisent pas l’identité républicaine à une idéologie nationale. Les collectivités de base, les territoires participent à cette identité. L’Europe est elle aussi une grande maison commune. Et l’universalisme, offert au monde par la France au XVIIIe siècle, ne peut être oublié dans un quelconque repli peureux ou calculateur.

C’est pourquoi le Parti Radical de Gauche entend redonner sens aux débats que la droite a si mal engagés. Le 16 avril prochain, il invitera tous les Républicains sincères, qu’ils soient de gauche ou de droite, à une grande rencontre sur le thème de l’identité républicaine. Quand d’autres multiplient les anathèmes et les exclusions, les radicaux veulent rappeler que la tolérance et l’ouverture à l’autre sont au cœur du projet républicain.

Jean-Michel BAYLET – Président du PRG

Tribune parue dans L’Express du 6 avril 2011.

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